L'infertilité masculine : la double peine des femmes

Adelles, maman de jumelles, a été confrontée à l'infertilité de son compagnon, et surtout à un corps médical qui préfère souvent contourner ce problème plutôt que de chercher à le traiter. Son témoignage nous a ému !
L’infertilité masculine : la double peine des femmes
L’infertilité masculine : la double peine des femmes

"Je m'appelle Adelles, je partage la vie d'un homme surnommé le Homard dont la merveillosité est inversement proportionnelle à ses capacités de reproduction, et pourtant nous avons des jumelles de deux ans conçues de manière tout à fait naturelle.

Le 11 décembre 2009, l'OATS* est entrée dans ma vie. 4 lettres, ou plutôt leur association, qui ont fait prendre à notre histoire une tournure que je n'aurais jamais soupçonnée.

L'infertilité masculine est un peu le côté obscur de la PMA**. Quand on est une femme fertile et qu'on cherche à avoir un enfant d'un homme infertile, on se rend vite compte de l'injustice de la médecine actuelle. Quel que soit le diagnostic, c'est le corps féminin qui fera les frais des énormes défaillances du traitement de l'infertilité masculine.

Si vous avez des ovaires en état de marche, ce sont eux qui trinqueront. A vous les piqûres, à vous les traitements, à vous l'avenir professionnel mis entre parenthèses à grands renforts d'échographies et de prises de sang planifiés tous les 2 jours... !

Moi, j'ai voulu m'opposer à cette fatalité. Il y avait toutes les chances que cela échoue. J'ai eu l'infinie chance que cela fonctionne.

Loin de moi l'idée de témoigner que l'infertilité masculine se contourne sans passer par les méthodes médicales actuelles. Malheureusement, un pourcentage important de couples dont l'homme est OATS devra en passer par des FIV. Et heureusement que ces techniques formidables existent pour apporter de l'espoir à des couples traversant la pire des épreuves !

Mais se battre, faire les bonnes rencontres au bon moment, ne jamais lâcher l'espoir de concevoir un enfant dans son lit peut parfois déboucher sur un double miracle.

Quand la lettre à en-tête du laboratoire d'analyse est arrivée à la maison, nous essayions de concevoir un enfant depuis une petite année. Nous n'étions pas encore trop inquiets, juste très impatients. Nous avons vite compris que cette qualité qu'il nous manquait, la patience, allait être décisive.

Au premier rendez-vous avec un urologue, le Homard a été diagnostiqué OATS sévère. Je ne détaille pas les résultats d'analyse du Homard par pudeur, mais l'azoospermie n'était pas loin qui nous regardait d'un oeil narquois.

Pour nous, ce serait FIV ICSI direct, sans passer par aucune autre case plus légère au préalable.

Après ça, il ne s'est pas passé un rendez-vous sans que j'aie la sensation d'être regardée non pas comme une femme en désir d'enfant, mais comme la propriétaire d'un appareil de reproduction en parfait état. De même, il ne m'a jamais semblé qu'on cherchait à "soigner" l'infertilité du Homard, mais plutôt qu'on se félicitait qu'il ait eu le bon goût de faire un enfant avec une femme dont on savait qu'elle répondrait parfaitement aux traitements médicaux à venir.

Dans notre cas, nous devons nos deux miracles aux antibiotiques. J'ai été enceinte une première fois six mois avant de vivre ma grossesse gémellaire miraculeuse sans qu'aucun urologue ne fasse le lien avec le traitement antibiotique que le Homard prenait à cette période.

Il aura fallu consulter 3 urologues, 2 gynécologues, faire 8 analyses sanguines, lire 3 livres sur l'infertilité masculine, débuter un blog, effectuer 14 spermogrammes et autant de congélations, subir 5 échographies et une anesthésie générale, avaler 3 kilos de pilules avant de consulter un professionnel qui transforme les indices de notre dossier en un réel diagnostic et une réelle solution.

J'aurais consulté une dizaine d'urologues, lu une bibliothèque entière, montré mon intimité un matin sur deux, subi les pires affronts : je n'aurais eu de cesse de remuer la terre entière tant que j'aurais eu la sensation qu'on allait utiliser mon corps simplement par "facilité".
Et l'histoire m'a donné raison, car la PMA a failli abîmer mon corps à coups d'hormones, de prélèvements, d'interventions invasives là où trois semaines de traitement à la pénicilline ont été suffisantes.

Si vous partagez votre envie d'enfants avec un homme OATS (ils sont merveilleux, n'est-ce pas, ces hommes-là ?), et que face à un médecin vous avez la sensation de n'être considérée que pour les capacités de votre utérus, alors n'hésitez pas, bousculez l'ordre des choses.

Poussez les médecins en dehors de leur zone de confort.

Vous avez le droit de comprendre de quoi souffre votre homme, vous avez le droit de chercher à éviter une FIV, vous avez le droit de vous battre, tout simplement".

*OATS : oligoasthénotératospermie. Désigne des anomalies du spermogramme dans lesquelles les spermatozoïdes ne sont ni assez nombreux, ni assez mobiles et souffrent de malformations.
**PMA : procréation médicalement assistée

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